Carignan : aide attendue de Québec pour restaurer la maison Louis-Degneau

Olivier LeClerc, propriétaire de la Maison Louis-Degneau, appréhende le coût nécessaire à sa restauration. Le Carignanois souhaite le soutien financier de Québec.

La maison Louis-Degneau, immeuble patrimonial à Carignan, est en décrépitude. Olivier LeClerc, son propriétaire, fait part que les coûts de restauration s’élèvent approximativement à 600 000 $ de maçonnerie et à 300 000 $ de fenestration. Concernant la toiture, la facture serait aussi dans les six chiffres. Il avait fait des plans en 2019 pour la restaurer et la vendre. « Quand j’ai fait la demande de subventions, le ministère de la Culture et des Communications (MCC) n’avait pas les sous. Si je mets ces sommes juste sur l’extérieur, sans aménagements intérieurs, qui va acheter ça? », questionne-t-il. Aujourd’hui, M. LeClerc envisage plutôt d’habiter la maison.

De son côté, le MCC se dit « conscient de la charge financière » liée à la restauration des immeubles patrimoniaux. Il pointe son nouveau Programme d’ententes en patrimoine qui « permet de soutenir les propriétaires dans la préservation et la restauration des biens mobiliers et immobiliers patrimoniaux » protégés par Québec. Olivier LeClerc a rencontré le MCC jeudi dernier. Jusqu’au 11 septembre prochain, il peut déposer une demande, dans le cadre de l’appel à projets destiné aux propriétaires de biens patrimoniaux protégés par le gouvernement. Le Carignanois mentionne que la subvention peut s’élever à 50 % dans certains dossiers de travaux. S’il est approuvé, l’aide financière pourrait arriver en mars prochain. La MRC de la Vallée-du-Richelieu dispose également d’un programme d’aide à la restauration municipale auquel le bien serait admissible. 

Le Ministère rappelle que la Loi sur le patrimoine culturel stipule que « tout propriétaire d’un bien patrimonial classé doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation de la valeur patrimoniale de ce bien ». Olivier LeClerc redoutait le moment d’être mis devant le fait accompli, d’être forcé de rénover. « J’espère ne jamais avoir à me rendre à ça », nous avait-il confié, avant sa rencontre avec le MCC.

Des assurances onéreuses

Olivier LeClerc décrie le coût d’assurance attribué à la maison Louis-Degneau ainsi que la maison Saint-Hubert, dont il est aussi propriétaire. Il déboursait 16 000 $ annuellement pour la maison Saint-Hubert, qui a été incendiée le 13 juin dernier. Il estime qu’il en coûterait environ le même prix pour celle de Louis-Degneau qui, elle, n’est pas assurée.

Rappelons qu’au début des années 70, Monique J. LeClerc, mère d’Olivier, avait notamment acheté les maisons Louis-Degneau et Saint-Hubert. Mme Leclerc est décédée en septembre dernier à l’âge de 86 ans. Elle a été mêlée à plusieurs combats juridiques entourant ses maisons patrimoniales.

Demande d’agir

Des tournées d’inspection de l’ensemble des biens patrimoniaux classés du Québec sont prévues par la Loi sur le patrimoine culturel et sont réalisées périodiquement par le Ministère. Elles servent à évaluer l’état de conservation et à mettre à jour les informations relatives aux biens, à planifier les actions ministérielles et à maintenir un lien avec les propriétaires. À savoir quels sont les résultats de ces visites, le MCC répond que « considérant que le dossier est actuellement judiciarisé (enquête sur l’incendie de la maison Saint-Hubert), nous n’effectuerons pas de commentaires sur les maisons Louis-Degneau et de Saint-Hubert ».

Action patrimoine s’est fait entendre dernièrement. « Nous nous inquiétons sérieusement pour la maison Louis-Degneau, d’autant plus qu’une partie de sa valeur patrimoniale reposait également sur son lien avec la maison Saint-Hubert, bâtiment voisin classé et détruit par un récent incendie », affirme-t-elle. L’organisme à but non lucratif œuvre à protéger, à mettre en valeur et à faire connaître le patrimoine bâti et les paysages culturels du Québec. Il demande à Mathieu Lacombe, ministre de la Culture et des Communications, d’agir. « La maison Louis-Degneau apparaît particulièrement vulnérable en raison de l’absence d’occupation et d’entretien. On constate des carreaux de fenêtre brisés, une toiture dégradée et l’apparition de fissures dans la maçonnerie. La détérioration visible du bâtiment est donc préoccupante et soulève de sérieuses inquiétudes quant à son état intérieur et à son avenir », écrit Renée Genest, directrice générale d’Action patrimoine

L’organisme se demande quelles sont les inspections effectuées par le MCC afin de prévenir ce genre de situation pour les bâtiments classés. « Comment la surveillance du patrimoine protégé du Québec est-elle assurée? Comment peut-on arriver à un tel état de dégradation malgré un statut de protection qui a pour objectif sa préservation? », interroge-t-il.

Action patrimoine invoque la Loi sur le patrimoine culturel. « En vertu de l’article 195, le ministre peut également obtenir de la Cour supérieure une ordonnance pour faire exécuter les travaux nécessaires pour assurer la préservation de la valeur patrimoniale d’un bien patrimonial classé dont le propriétaire ne respecte pas le devoir qui lui incombe […]. C’est un recours exceptionnel, mais selon nous nécessaire afin d’agir pour la sauvegarde la maison Louis-Degneau », considère la directrice générale.